Ménon

Ménon

Question de départ : « Peux-tu me dire, Socrate, si la vertu s’enseigne ? » → double interrogation, sur ce qu’est l’excellence humaine et sur la manière de l’acquérir. Question de la vertu = celle du plus grand bien pour l’homme. Paradoxe soulevé par Ménon : il est impossible de chercher ce qu’on connaît car on le maîtrise déjà, et de chercher ce qu’on ne connaît pas parce que même si on le trouvait on ne pourrait pas savoir que c’est ça que l’on cherchait. Solution de Socrate = faire appel à sage des prêtres et prêtresses selon laquelle âme peut survivre hors du corps et lors d’une existence antérieure, a acquis connaissance de toutes choses, si bien qu’apprendre = rien de plus que se souvenir → théorie de réminiscence. Concernant possibilité d’enseigner vertu, si elle s’enseigne, doit être une science, car seule science définie comme connaissance vraie et stable s’enseigne. Mais si elle s’enseigne, il doit exister des maîtres de vertu, or ni les sophistes, ni les citoyens athéniens ne semblent à même de s’acquitter de cette tâche, donc si elle ne s’enseigne pas, elle n’est pas une science. Cependant l’action humaine ne dépend pas que de la science, elle dépend aussi de l’opinion vraie qui est aussi utile que la science, sauf qu’elle est instable et peu assurée si on ne la lie pas par un raisonnement qui l’explique et qui est produit par réminiscence → vertu des hommes politiques ≠ due à la science ni à la nature mais à une faveur divine, à une inspiration.

A Ménon qui veut savoir si la vertu s’enseigne, Socrate répond, en tentant comme à son habitude de rediriger le questionnement sur l’essence de la chose, qu’il ne peut répondre étant donné qu’il ne sait même pas ce qu’est la vertu. Ménon définit la vertu en termes de citoyenneté : « la vertu d’un homme consiste à être capable d’agir dans les affaires de sa cité, et, grâce à cette activité, de faire du bien à ses amis, du mal à ses ennemis, tout en se préservant soi-même de rien subir de mal ». Puis il décrit un autre type de vertu : la vertu domestique propre aux femmes… → « on trouve une vertu pour chaque forme d’activité et pour chaque âge, et ce, pour chacun de nous » = énumération de différents types de vertu (« essaim de vertus » comme dit Socrate), mais ne donne pas essence de la vertu.  Socrate lui cherche l’essence de la vertu, la « seule forme caractéristique identique » dans chacune des manifestations de la vertu et qui permet de les reconnaître comme telles    . Qualités nécessaires à toute vertu selon Socrate = tempérance et justice. « Tous les êtres humains, qui sont des êtres bons, le sont donc de la même façon, puisque c’est grâce à des qualités identiques qu’ils deviennent bons ». Cherchant critère de définition unique de vertu, Ménon répond « la capacité de commander aux hommes ».  Socrate le réfute en disant que la vertu du maître n’est pas la même que celle de l’esclave en ce sens, car sinon la vertu de l’esclave serait de savoir commander à son maître. Donc il note que la conversation tourne en rond autour des divers avatars de la vertu sans être capable de mettre le doigt sur son ousia : « ne comprends-tu pas que je cherche la nature identique présente dans tous ces cas particuliers ? ». Socrate tente d’établir méthode pour définir la vertu en tentant d’abord de définir la figure en disant qu’elle est la limite du solide. Puis il définit la couleur comme « un effluve de figures, proportionné à l’organe de la vue, et donc sensible ».  Ménon est plus séduit par la seconde définition qui fait appel aux sens que par la première, or Socrate trouve la première plus juste, ce qui montre qu’ils ont des approches très ≠. Après avoir accompli sa tâche, Socrate demande à Ménon de tenter à son tour de définir la vertu : « Eh bien, il me semble, Socrate, que la vertu consiste, selon la formule u poète, ‘à se réjouir des belles choses et à être puissant’. Quant à moi, je déclare que la vertu, c’est le désir des belles choses et le pouvoir de se les procurer ». Socrate lui fait confirmer que par « belle » il entend aussi « bonnes », et alors tente de montrer inconséquence de la définition de Ménon sur la base de son intellectualisme éthique selon lequel nul ne fait le mal volontairement : « Dis-tu cela avec l’idée que certains hommes désirent la mal, tandis que d’autres désirent le bien ? Ne crois-tu pas, excellent homme, que tous les hommes désirent le bien ? ». Ménon : « Non, je ne le crois pas ». Socrate : « Il y a donc des hommes qui désirent le mal ! ». Ménon : « Oui ». Socrate : « En concevant ce mal comme un bien, est-ce ce que tu veux dire ? ou bien le désirent-ils quand même, tout en sachant que c’est un mal ? ». Ménon : « Les deux cas existent je crois ». Socrate : « Parce que toi, Ménon, tu crois qu’on peut, tout en sachant que le mal est mal, le désirer quand même ? ». Ménon : « Tout à fait ». Socrate : « Que veux-tu dire ? Que désire-t-on : que le mal arrive à soi-même ? ». Ménon : « Qu’il arrive ! Evidemment ! ». Socrate : « En considérant que ce mal est bénéfique à celui auquel il arrive ? ou bien tout en sachant qu’il fera du tort à l’homme chez qui il advient ? ». Ménon : « Certains considèrent que le mal est bénéfique, mais d’autres savent aussi que le mal fait du tort ». Socrate : « Et toi alors, crois-tu qu’ils sachent que le mal est mal quand ils le considèrent comme bénéfique ? ». Ménon : « Non, certainement pas ! Ce n’est pas ce que je crois ! ». Socrate : « En ce cas, n’est-il pas évident que ces gens-là ne désirent pas le mal, puisqu’ils ignorent ce qu’il est, mais qu’ils désirent ce qu’ils croient être le bien, même si en fait ce bien est mal ? De sorte que, s’ils ignorent le mal et le prennent vraiment pour un bien, il est évident que c’est le bien qu’ils désirent, n’est-ce pas ? ». Ménon : « Pour ces gens-là, oui, il est possible que ce soit vrai ». Socrate : « Mais alors, les hommes qui désirent le mal, comme tu le prétends, tout en sachant que le mal nuit à celui auquel il arrive, ils doivent bien savoir que ce mal leur nuira ? ». Ménon : « C’est nécessaire ». Socrate : « Mais ces hommes-là ne croient-ils pas que, si une chose leur fait du tort, une telle chose, dans la mesure où elle leur nuit, les rend misérables ? ». Ménon : « Là aussi, c’est nécessaire ». Socrate : « Mais en les rendant misérables, ne fait-elle pas d’eux des êtres malheureux ? ». Ménon : « Oui, je pense ». Socrate : « Y a-t-il donc un homme qui veuille être misérable et malheureux ? ». Ménon : « Il ne me semble pas, Socrate ». Socrate : « Il n’y a donc personne, Ménon, qui veuille le mal, à moins de vouloir être comme cela. En effet, être misérable, qu’est-ce que c’est, sinon désirer le mal et l’obtenir ? ». Ménon : « Il est possible que tu dises vrai Socrate, et que personne ne veuille le mal ». Socrate : « Or tout  à l’heure, Ménon, tu affirmais que la vertu consiste à vouloir les bonnes choses et à être puissant ». Ménon : « Oui, je l’ai dit ». Socrate : « Donc même si dans la définition que tu donnes, on trouve mentionné d’abord le fait de vouloir le bien, ce fait est à la portée de tout le monde, et ce n’est vraiment pas là qu’un homme sera meilleur qu’un autre » → fait de vouloir le bien = donnée commune à tous les hommes, ce ne peut donc être la vertu si on comprend celle-ci comme une exigence et une caractéristique rare qui font que celui qui en fait preuve est digne d’admiration. Quant à la seconde partie de définition de vertu par Ménon comme « puissance de se procurer des biens », s’ils s’agit de choses comme la santé, la richesse et le pouvoir, Socrate en montre l’inadéquation en faisant admettre à Ménon qu’il faudrait ajouter à cette puissance la tempérance et la justice, car il y a des moyens vicieux de se procurer des biens : mais alors on retombe dans le même cercle : on définit la vertu en convoquant des vertus particulières : « il découle des accords que tu as donnés qu’accomplir son action avec une partie de la vertu, c’est cela la vertu. Car tu soutiens que la justice est une partie de la vertu, comme le sont chacune des qualités dont j’ai parlé ».  Ménon compare ici Socrate à une « torpille » qui plonge celui qui la touche dans une torpeur qui le paralyse. Socrate lui répond qu’il est lui-même plongé dans cet état aporétique. Socrate se propose ensuite d’aider Ménon à rechercher ce qu’est la vertu, mais Ménon lui rétorque qu’une telle quête est vouée à l’échec, puisqu’on ne peut chercher ce qu’on ne connaît pas, et qu’il est inutile de chercher ce qu’on connaît déjà. Socrate se sort de cette impasse par al référence à la sagesse divine des prêtres et prêtresses → théorie de la réminiscence. Socrate souligne de ce fait les vertus de sa méthode dialectique qui certes, par ses questions, fait prendre conscience à son interlocuteur de son ignorance, mais qui justement lui permet à partir de là, une fois la torpeur passée, de développer un désir de savoir vraiment ce qu’il croyait savoir et qu’il sait désormais qu’il ignore. La réminiscence rend ainsi possible une véritable connaissance de ce dont on n’a pas conscience de le savoir, il suffit de réfléchir et d’aller chercher en soi ces connaissances oubliées → exemple de l’esclave que Socrate amène à  découvrir tout seul comment construire le carré double du carré de côté 1 (NB. : Socrate dit qu’il ne l’aide aucunement, mais en fait c’est lui qui donne toutes les réponses dans ses questions et l’esclave se contente la plupart du tend d’acquiescer…). L’homme possède en lui des « opinions vraies », et en l’interrogeant pour les faire resurgir, il acquiert finalement la connaissance de ces choses qu’il tire de son propre fonds. Socrate voudrait continuer à s’interroger sur nature de vertu, mais sous pression de Ménon, il accepte de brûler les étapes et de s’interroger directement sur la possibilité ou non de l’enseigner. Faute de savoir ce qu’est la vertu, il est donc forcé à se sujet de formuler une hypothèse : puisqu’il n’y a que la connaissance qui s’enseigne, la vertu ne pourra s’enseigner que si elle est une connaissance. Si on admet que vertu = un bien et qu’elle est utile, étant donné que l’âme atteint le bonheur lorsqu’elle est guidée par la raison et tomber dans le malheur lorsqu’elle déraisonne, alors la vertu ne peut être que raison. « Or, si c’est le cas, les êtres bons ne sauraient l’être par nature » conclut Socrate, elle doit donc s’enseigner. Cependant, il remarque qu’il n’a jamais rencontré de véritables maîtres de vertu. Socrate suggère que s’il y a des gens à même d’enseigner la vertu, en toute logique ce doit être les sophistes puisqu’ils se font payer pour cela, mais son nouvel interlocuteur lui dit de se méfier d’eux : ils pervertissent en fait ceux qu’ils prétendent éduquer. Socrate s’étonne que des gens qui corrompraient les jeunes gens puissent le faire à l’insu de tous si bien que tout le monde continue à leur confier leurs enfants. Anytos lui dit que n’importe quel Athénien homme de bien et mille fois plus à même d’enseigner la vertu qu’un sophiste. Mais Socrate fait resurgir le problème de l’enseignement de la vertu : ces gens-là eux aussi ont dû apprendre la vertu → risque de régression à l’infini. De plus, Socrate soulève une difficulté : il choisit les hommes les plus exemplaires, tel Thémistocle qui a donné à son fils tous les enseignements disponibles, et pourtant son fils est loin de s’être montré vertueux comme son père, or si la vertu s’enseignait, il est clair que son père aurait commencé par ces leçons-là. Donc, si ni les sophistes ni les hommes de bien ne sont capables d’enseigner la vertu, il est claire qu’elle ne s’enseigne pas. Mais Socrate se reprend : « j’aperçois qu’il nous a échappé de façon ridicule que ce n’est pas seulement lorsque la science les guide que les actions des hommes se font avec rectitude et bonheur ! Voilà sans doute par quelle route la connaissance du moyen grâce auquel les hommes deviennent bons nous a échappé ! » : un homme qui a une opinion correcte sur la route à suivre pour se rendre quelque part, il arrivera à destination aussi bien que celui qui a à ce sujet une connaissance rationnelle : « Donc, une opinion vrai n’est pas un moins bon guide, pour la rectitude de l’action, que la raison ». Ménon demande alors pourquoi Socrate distingue science et opinion et donne plus de valeur à la première : c’est que, répond Socrate, ces opinions sont instables tant qu’on ne les lie pas ensemble par un raisonnement : « la connaissance est lien ». En matière pratique (≠théorique), il reste que l’opinion vraie n’est pas moins utile que la connaissance. Cela permet d’expliquer comment des chefs de cité ont pu se montrer vertueux alors même que la vertu ne s’enseigne pas : « Or s’ils ne sont pas bons grâce à une connaissance, ils le sont – c’est la possibilité qui reste – grâce à la bonne opinion. C’est en se servant de ce moyen que les hommes politiques gardent leurs cités bien droites, mais, pour ce qui est du fait de raisonner, il n’y a aucune différence entre eux, les diseurs d’oracles et les prophètes. Car le fait est que ces gens-là disent beaucoup de choses vraies, mais sans rien connaître à ce dont ils parlent », ils parlent par inspiration divine. Ce n’est cependant pas le dernier mot de Socrate, car une meilleure connaissance de la vertu pourra être atteinte lorsqu’on se demandera non plus si elle s’enseigne, mais ce qu’elle est. 

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